Accueil > Emploi > Poids lourds : les chauffeurs handicapés se mettent en route
Les personnes en situation de handicap souhaitant devenir conducteur de poids lourd ont tout intérêt à passer par la prestation évaluation des capacités fonctionnelles mise en place par l'Agefiph.

Poids lourds : les chauffeurs handicapés se mettent en route

Le métier de chauffeur poids lourds peut être accessible aux personnes en situation de handicap. Même lorsqu’elles sont amputées ou paraplégiques. L’Agefiph et les professionnels du secteur ont mis en place une prestation qui permet d’évaluer leur aptitude à la conduite.

La carrière de chauffeur de Yoann Rose s’est arrêtée avant même d’avoir démarré. En 2019, ce cuisiner, amputé d’un avant-bras suite à un accident de moto, décide de se reconvertir. Dans la conduite de poids lourds.

Sa formation, dans les Alpes-Maritimes, se déroule au mieux. « J’arrivais à conduire un camion à boîte de vitesses automatique en toute sécurité, à en croire mes formateurs », se souvient le quasi-quadragénaire.

« Incompatible » avec la conduite

Mais tout s’écroule une semaine avant l’examen. La préfecture refuse de valider sa candidature. Elle invoque l’arrêté du 21 décembre 2005. Ce texte fixe la très longue liste des « affections médicales » susceptibles d’influer sur la capacité à piloter une voiture. Pour le groupe poids lourds, il indique que l’amputation de la main, de l’avant-bras ou du bras est « incompatible » avec la conduite.

« C’est totalement injuste, estime Yoann Rose. Je n’ai pas été jugé sur mes compétences mais sur la base d’un texte arbitraire. »

L’Agefiph à la manœuvre

« Pour certaines personnes en situation de handicap, comme les amputés d’un bras, l’arrêté de décembre 2005 peut constituer un véritable frein réglementaire » confirme Laurent Pottier. Ce chargé de mission à l’Agefiph parle d’expérience. Depuis une quinzaine d’années, il travaille au développement de l’emploi des personnes handicapées dans le transport.

Avec les professionnels du secteur, il a donc mis en place, en 2012, une procédure permettant de valider leur aptitude à la conduite : la prestation d’évaluation des capacités fonctionnelles (PECF). Et donc, d’obtenir, malgré l’arrêté, le feu vert du médecin agréé par la préfecture, qui doit rendre un avis d’aptitude. Mais aussi celui de l’inspecteur du permis de conduire et de la sécurité routière, chargé de déterminer si les aménagements envisagés sont conformes et adaptés au handicap.

Une demi-journée de tests

Les candidats passent des tests sur simulateur.

Durant la PECF, sur une demi-journée, le candidat enchaîne les tests sur un simulateur de conduite et un plateau technique (accès à la cabine d’un camion, pilotage d’un chariot élévateur…). Sous le regard d’un formateur et d’un ergothérapeute. Une consultation menée par un médecin spécialiste de la réadaptation complète le parcours.

Des préconisations essentielles

« Ensuite, pour rendre son avis d’aptitude, le médecin agréé par la préfecture s’appuiera bien sûr sur le compte-rendu établi à l’issue de la PECF », précise Laurent Pottier.

Et avant l’entrée en formation, le candidat prendra rendez-vous avec l’inspecteur du permis de conduire pour un entretien-conseil et l’attestation de codification des aménagements. Toujours sur la base des préconisations de cette équipe pluridisciplinaire validées par le médecin agréé par la préfecture.

Le magazine Faire Face consacre son dossier de janvier à la voiture

Quelles étapes pour passer ou faire régulariser son permis ? Où trouver une auto-école adaptée ? Comment obtenir une aide financière, y compris quand viendra le moment d’adapter la voiture à ses besoins ? Et bien d’autres informations pratiques pour prendre la bonne direction. 2,90 € – en téléchargement gratuit pour les abonnés.

Une vingtaine de conducteurs à une seule main

Les personnes en situation de handicap peuvent également conduire des autocars.

Depuis 2012, plus de 220 personnes, tous handicaps confondus, ont bénéficié de cette prestation. Avec l’objectif de devenir conducteur de camion ou d’autocar.

« Une vingtaine de mono-manuels ont passé leur permis poids lourds », précise Laurent Pottier. Ou obtenu sa régularisation s’il l’avaient obtenu avant leur amputation.

Trois nouveaux centres en 2021

La PECF va bientôt devenir plus facile d’accès. Jusqu’alors, tous les candidats devaient se rendre à Rennes, dans les locaux d’Aftral, le premier organisme de formation en transport et logistique en France.

En avril 2021, trois autres centres Aftral la proposeront : Lyon, Monchy-Saint-Éloi (Oise) et Toulouse. Et les personnes sourdes pourront en bénéficier dès que la législation le permettra.

Un arrêté plus respectueux des droits

« Une nouvelle version de l’arrêté de 2005, déjà modifié à plusieurs reprises, devrait sortir dans le courant de l’année », assure Laurent Pottier. L’Agefiph y travaille avec le ministère de l’Intérieur. Pour les personnes amputées du bras et les personnes sourdes, la mention incompatibilité serait remplacée par une formule précisant qu’il est nécessaire de tester ses capacités fonctionnelles.

Cette évolution permettra d’éviter que d’autres amputés du bras subissent la même douloureuse mésaventure que Yoann Rose. Lui va reprendre son parcours et demander à son conseiller Pôle Emploi/Cap emploi de lui prescrire une PECF. Sa carrière de conducteur poids lourds redémarre.

Une ultime étape

Les candidats au métier de chauffeur poids lourds ont deux voies pour y accéder : passer simplement leur permis ou suivre une formation au titre professionnel de conducteur routier.

« Mais le référentiel de formation implique d’être capable de charger/décharger, pointe Laurent Pottier, chargé de mission à l’Agefiph. Ce qui n’est pas possible pour certains conducteurs en situation de handicap. » Or, il est envisageable d’exercer ce métier sans avoir à le faire. Laurent Pottier veut donc faire évoluer le référentiel pour rendre la formation accessible à tous.

A propos de Franck Seuret

Franck Seuret
Journaliste éco-social et documentariste. Spécialiste de la politique sociale du handicap.

Lire aussi

Trophées Femmes en EA/Femmes en Ésat : un vivier de talents féminins

Elles travaillent en entreprise adaptée ou en établissement et service d’aide par le travail. Handiréseau …

4 commentaire

  1. Avatar

    aux États-Unis ça existe depuis longtemps
    j’ai vu une émission le gars en fauteuil roulant les bras valide poids lourd aménagé

  2. Avatar

    Bonjour, je suis chauffeur SPL depuis juin,je suis reconnu th et je n’ai pas le même handicap mais je ne peux pas effectuer de chargement et déchargement. C’est très compliqué de trouver un poste sans manutention. Ça existe (benne, container, traction) mais j’ai beaucoup de mal à me faire recruter. Bon courage

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Social media & sharing icons powered by UltimatelySocial