« Pour de nombreuses femmes handicapées, le retrait du travail ou le temps partiel est la seule solution »

Publié le 16 novembre 2022 par Franck Seuret
De faire carrière jusqu'à l'impossibilité d'occuper un emploi, les femmes handicapées peuvent passer d'un rapport au travail à l'autre et finir par considérer que l'emploi rémunéré n'est plus un objectif atteignable.

Moins d’une femme handicapée sur deux occupe un emploi. Et parmi elles, 40 % sont à temps partiel. Une forte précarité professionnelle liée à la fois au genre et au handicap, pointe Mathéa Boudinet, doctorante en sociologie à Sciences Po, qui vient de réaliser une étude* sur le sujet .

Mathéa Boudinet et deux autres chercheuses ont conduit 81 entretiens biographiques avec des personnes handicapées.

Faire-face.fr : Quel est le rapport au travail des femmes handicapées ?

Mathéa Boudinet : L’emploi apparaît comme une évidence pour l’ensemble des personnes interrogées. Cette aspiration à l’emploi, même si elle ne se concrétise pas toujours, se retrouve tant dans les récits des femmes que des hommes et quel que soit l’âge de survenue du handicap.

F-f.fr : Pourtant cette « évidence » est loin de se traduire dans les chiffres.

M.B : Une femme handicapée sur deux (49 %) est inactive, c’est-à-dire qu’elle n’est ni en emploi ni au chômage. C’est quasiment deux fois plus que pour les femmes sans handicap (29 %). De plus, parmi les femmes handicapées en emploi, 40 % occupent un temps partiel. C’est bien plus que parmi les femmes sans handicap (27 %), les hommes handicapés (21 %) et les hommes sans handicap (6 %). La spécificité de cette situation s’explique par la combinaison du genre et du handicap.

« Pour les femmes, il faut ajouter les tâches ménagères ou familiales »

F-f.fr : Comment expliquez-vous ce décrochage ?

M.B : Les femmes et les hommes handicapé.e.s effectuent des formes de travail alternatif qui peuvent freiner ou empêcher le travail rémunéré. Le travail de santé recouvre notamment les rendez-vous médicaux, les hospitalisations, la gestion des symptômes (par le repos, par exemple)…

Il y a aussi le travail spécifique au handicap : la rééducation, la mise en accessibilité de l’environnement, les tâches administratives relatives au handicap ou bien encore la gestion des aidants.

Pour les femmes, il faut ajouter les tâches ménagères ou familiales, qui sont davantage à leur charge du fait de la division sexuée du travail domestique. Pour nombre d’entre elles, le retrait du marché du travail ou le temps partiel est la seule solution pour faire face à toutes ces autres formes de travail.

« Le droit à l’aménagement du poste de travail est un droit  dépendant du bon vouloir de l’employeur »

F-f.fr : D’autres facteurs peuvent-ils expliquer cette situation particulière sur le marché de l’emploi ?

M.B : Leurs recherches d’emploi demeurent marquées par des absences de réponses aux candidatures. Elles l’expliquent, entre autres, par leur âge, leur parcours professionnel haché, la longueur de leurs périodes sans emploi… Elles sont aussi victimes de discrimination en raison de leur handicap.

La loi garantit le droit à l’aménagement du poste de travail [logiciel spécifique, redéfinition des tâches, horaires adaptés…]. Mais pour les personnes interrogées, il s’agit d’un droit discrétionnaire dépendant du bon vouloir de l’employeur.

« Pôle emploi et Cap emploi ont un modèle intrinsèquement genré du handicap »

F-f.fr : Quelle perception ont les personnes que vous avez interrogées de Pôle emploi et Cap emploi ?

M.B : Pôle emploi et Cap emploi ont un modèle intrinsèquement genré du handicap, celui d’un travailleur handicapé moteur en bonne santé, ayant des limitations fonctionnelles stables et prévisibles. Or, les femmes sont plus souvent touchées par des maladies chroniques que par des handicaps d’origine accidentelle. Les conseillers ne prennent pas assez en compte le handicap invisible, la fatigabilité… Les personnes interrogées se plaignent donc de recevoir des propositions d’emploi a priori incompatibles avec leur handicap. Cela contribue aussi à leur précarisation.

* Handicap, genre et précarité professionnelle : parcours biographiques et réception de l’action publique. Mathéa Boudinet, sous la direction scientifique d’Anne Revillard. Juin 2022.

Comment 2 commentaires

Bonjour Madame
Je suis victime de discrimination j’ai un RQTH j’ai postulé pour un Cdi à l’Apei qui m’a fait passer à la médecine du travail elle indique apte au contrat de travail mais avec des horaires de travail en 14h 22h00 et effectuer que des toilettes pour des personnes valides quand le chef de service me demande de faire des matins j’effectue 4 douches avec habillage complet de la personne. Avec ces 2 restrictions je me retrouve sans travail.

Bonsoir
1/ c’est logique, en tant qu’handicapée je suis forcément moins employable…car moins rentable et intéressante pour un employeur….faut être lucide à un momen et cesser le déni lénifiant ….d ‘ou la necessité des aides financières pour les personnes handicapées
2/ après si les femmes en situation de handicap se sentent obligées de faire la « boniche »…ah ben là, on n’y peut plus rien, c’est leur problème
3/ le vrai souci c’est que les femmes sont dressées à endurer, à ne pas se plaindre…d’ou une moins bonne reconnaissance du handicap et moins d’aides adaptées
pour ma part heureusement une assistante sociale de la MDPH venue chez moi pour évaluer mes besoins m’a beaucoup aidé sur ces sujets
Par exemple elle m’a dit de « reclamer à mon médecin » car mon médecin n’est pas là quand je dois me laver, manger etc…et qu’ils ne se rendent pas compte…cela m’a beaucoup aidé vis à vis des médecins et avec tout le monde, en effet, personne ne voit nos galères au quotidien à part nos auxiliaire de vie, et encore….il faut oser dire STOP et J AI BESOIN DE
les hommes le font visiblement beaucoup plus facilement, c’est culturel
changeons la donne !

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