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Travailler la matière, accroître ses aptitudes techniques... L'un des axes de l'atelier Amis du CRP Jean-Pierre Timbaud qui accueille des jeunes en situation de handicap de 16 à 26 ans. © CRP JP Timbaud

SEEPH 2020 – Coup de jeune pour les centres de réadaptation professionnelle et de pré-orientation

Aucun texte officiel n’encadrait jusque-là le fonctionnement des centres de réadaptation professionnelle et de pré-orientation (CRP-CPO). Un manque qu’est venu combler, cet automne, un décret qui les ouvre notamment à de nouveaux publics. Comme les jeunes à partir de 16 ans, qu’accueillaient déjà quelques dispositifs innovants de ces établissements.

La crise sanitaire a contraint Ysis à patienter. Son stage en Ésat pour créer des costumes et décors de théâtre, initialement prévu en mai 2020, a été reporté début 2021. Mais la jeune femme de 23 ans reste confiante. « Toutes les aptitudes que nous avons explorées, nous pouvons les expérimenter ailleurs. Ce qui a été acquis ne va pas s’envoler, dit-elle. Alors que je ne me pensais pas manuelle,  j’ai réussi à réaliser un traîneau de Noël. »

Ysis : « Je ne me pensais pas manuelle. » © CRP JP Timbaud

Elle était pourtant un brin dubitative lorsqu’elle a intégré l’atelier Amis du centre de réadaptation professionnelle (CRP) Jean-Pierre Timbaud à Montreuil (Seine-Saint-Denis). Un parcours modulaire qui accompagne, sur une durée de neuf mois, 12 jeunes en situation de handicap de 16 à 26 ans sur orientation de la MDPH. Objectif : faire émerger un projet professionnel pour une future insertion en milieu ordinaire, tout en accroissant la connaissance de soi et en testant ses aptitudes.

Plus de savoirs, savoir-faire et savoir-être

Un atelier né du questionnement de l’établissement, qui accueillait à la marge des jeunes, dans une population majoritaire de personnes en reconversion professionnelle. « Nous nous retrouvions face à des personnes qui n’avaient jamais travaillé. Avec en plus tous les problèmes des jeunes en devenir », explique Fatma Zengli, responsable du Pôle projet au CRP.

Le dispositif, qui existe depuis trois ans, s’appuie sur une équipe pluridisciplinaire. Avec l’assistante sociale, les jeunes travaillent notamment les liens sociaux. Avec la psychologue, ils élaborent un projet. Le conseiller en insertion professionnelle leur permet de valider les pistes dégagées. Tandis que le formateur, l’éducateur technique et l’ergothérapeute les accompagnent dans les savoirs de base, l’acquisition de nouvelles compétences et les aménagements.

Formations individualisées et séquentielles

Le tout, dans un souci d’adaptation permanente. À l’instar de ce que propose Ladapt Ain-Savoie avec sa Perspectives jeunes. Un dispositif qui accompagne également 12 jeunes sur une durée maximale de huit mois. « La clé, c’est une formation individualisée avec une grande souplesse dans les possibilités d’entrée et de sortie pour répondre à la diversité des handicaps », note Jean-Pierre Dhedin, son directeur. Il se félicite justement que l’accompagnement séquentiel soit « écrit noir sur blanc » dans le décret du 2 octobre dernier sur les missions des CRP-CPO (voir encadré ci-dessous).

Ainsi, les stages en entreprises peuvent être positionnés au moment le plus opportun. Et suspendus en fonction des circonstances, comme en cas de confinement par exemple. Autre point important pour Jean-Pierre Dhedin, la rencontre entre le jeune et l’équipe, qui dans Perspectives jeunes, est également pluridisciplinaire.

Information et partenariats à développer

Fatma Zengli, elle, note que le décret devrait permettre d’aller plus facilement dispenser de l’information dans les classes Ulis ou Segpa. Et de nouer des partenariats avec des IME, IMPro. « Les jeunes arrivent souvent après une rupture dans leur parcours, en ayant fini leur scolarité en échec.» Or, si les CRP restent à son sens méconnus, « ils ont une expertise à apporter ».

Nouveaux noms, nouveaux publics et nouvelles missions

Avec le décret du 2 octobre 2020, les CRP-CPO deviennent des établissements et services de réadaptation professionnelle (ESRP) et des établissements et services de pré-orientation (ESPO). Une nouvelle appellation qui met l’accent sur des actions de proximité.

Les durées et rythmes d’intervention évoluent avec ce décret. Ainsi la pré-orientation qui dure d’ordinaire douze semaines en continu pourra désormais s’étaler sur 24 mois et aller jusqu’à la mise en œuvre du projet professionnel. Temps partiel, temps complet, accompagnement séquentiel seront aussi possibles en réadaptation.

Parmi les nouvelles missions des ESPO et ESRP figurent l’évaluation pour le compte des MDPH mais aussi d’employeurs privés ou publics pour des salariés en risque d’inaptitude. Tout comme l’information des personnes et des professionnels.

Enfin, les personnes accompagnées peuvent l’être dès 16 ans, quel que soit le handicap et qu’elles soient ou non demandeurs d’emploi. ESPO et ESRP pourront aussi intervenir auprès des travailleurs d’Ésat et d’entreprises adaptées ainsi que d’alternants. Et pour certaines prestations, il ne sera pas nécessaire d’avoir la reconnaissance de la qualité de travailleur handicapé.

A propos de Corinne Manoury

Corinne Manoury
Journaliste action sociale, handicap et nouvelles technologies.

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