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Prix Handi-Livres 2016 : pour une meilleure connaissance du handicap

Prix Handi-Livres 2016 : pour une meilleure connaissance du handicap

Publié le 6 décembre 2016

Organisé par le Fonds Handicap & Société et la Bibliothèque publique d’information (BPI), le 11e prix Handi-livres a récompensé six ouvrages jetant des regards complémentaires sur le handicap. Cette année, une mention spéciale et un coup de cœur du jury viennent se rajouter à ce palmarès qui met en avant, entre autres, le handicap moteur, l’autisme, les dys, le handicap psychique et l’handiparentalité.

Un autre regard sur la littérature. Voilà ce à quoi convie depuis 2005 le prix Handi-Livres lancé par la Mutuelle Intégrance et repris depuis 2010 par le Fonds de dotation Handicap & Société, en partenariat avec la Bibliothèque publique d’information (BPI).

Lors d’une cérémonie le 5 décembre 2016 dans la Grande salle de spectacle du Centre Georges Pompidou, à Paris, le jury de cette 11e édition présidé par Axel Kahn, médecin généticien et essayiste français, a décerné six prix auxquels se sont rajoutés une mention spéciale et un coup de cœur du jury.

Un prix atypique au sein des prix littéraires

Toute personne handicapée ou valide ayant publié un livre traitant d’un sujet sur le handicap peut concourir au prix Handi-Livres. Atypique au sein de tous les prix littéraires, Handi-Livres permet de mettre à l’honneur des ouvrages (roman, biographie, guide, album jeunesse, livre adapté) qui contribuent à une meilleure connaissance du handicap.

En 2015, Fabienne Thomas a reçu le prix du meilleur roman pour son ouvrage L’enfant roman. Une reconnaissance pour cette romancière vivant à Nantes et pour les éditions Passiflore situées à Dax. « Outre une visibilité différente en librairies grâce au bandeau qui est venu se rajouter sur la couverture, ce prix m’a permis de participer à des rencontres dans le cadre du Mois du handicap organisé en Vendée, se souvient Fabienne Thomas. Échanger avec des lecteurs autour d’un thème me tenant à cœur a représenté un beau prolongement à l’écriture du livre. »

D’autres lauréats déplorent le manque d’implication de leur maison d’édition qui n’a pas jugé bon de rebondir sur le prix. Alors que plus de 76 000 livres (tous thèmes confondus) sont sortis en 2015*, le prix Handi-Livres représente pourtant un coup de pouce bien appréciable pour certains ouvrages. Claudine Colozzi

* Source : BNF/Département du Dépôt légal, entrées au Dépôt légal Livres.

Palmarès 2016

Nous avons publié des chroniques de certains ouvrages primés dans les pages Du côté des livres du bimestriel Faire Face. Nous vous proposons d’en lire (ou relire) quelques-unes.

Meilleur Roman
L’homme qui n’a pas inventé la poudre. Stéphanie Claverie. Éditions de la Différence.

Comme le décrit l’écrivain Jean-Louis Fournier dans la préface : « Il a trente-cinq ans l’éternel enfant. Faute d’avoir inventé l’eau chaude, il a inventé le rêve, l’oisiveté et pourquoi pas la poésie... » Lui, c’est Sébastien. Depuis l’enfance, il est en décalage par rapport au reste du monde.

Au décès de sa mère, le monde entier recommande son placement dans une institution spécialisée. Son père, René, décide de le prendre avec lui pour tenter de l’aider à s’adapter à une vie sociale. Heureusement, certaines personnes sont capables de regarder au-delà des apparences pour découvrir ce qui se cache derrière la différence.

• Meilleure Biographie
Le voleur de brosses à dents. Églantine Éméyé. Éditions Robert Laffont.

Beaucoup ont découvert l’histoire d’Églantine Éméyé et de son fils cadet Samy, autiste et polyhandicapé aujourd’hui âgé de 10 ans, à travers le documentaire que l’animatrice de télévision lui a consacré en 2014 (Mon fils, un si long combat). Un film bouleversant comme l’est ce livre au titre sonnant comme un conte pour enfants et qui fait référence à l’une des manies compulsives de Samy.

« Un jour j’en ai eu assez. Mille fois, j’en ai eu assez. Assez de toi Samy, assez de tous… » annonce-t-elle d’emblée. Comment lui reprocher  cette honnêteté cinglante alors qu’on découvre au fil des pages le quotidien terrible dans lequel elle essaie de se débattre tout en subissant la négligence des médecins qui refusent de prendre en considération ce petit garçon pas comme les autres ? Un quotidien fait de cris, de pleurs, d’automutilations, de refus de s’alimenter, de nuits sans sommeil, de corps à corps.

Par successions d’instantanés, elle nous donne à voir les trésors d’inventivité, d’amour qu’il faut déployer pour grappiller quelques moments d’apaisement, dans une vie où la moindre étincelle de bonheur se gagne de haute lutte. Hymne à l’amour d’une mère pour ses deux fils. Phare au milieu des flots déchaînés, Marco l’aîné de Samy se révèle un frère incroyable. Ce livre pointe aussi les aberrations d’un système où l’on reçoit une carte d’invalidité à 80 % pour son enfant encore en bas âge alors que personne n’a encore osé lâcher le mot de handicap.

• Meilleur Guide
Réussir son orientation et sa vie professionnelle quand on est DYS. Fédération française des Dys sous la direction d’Olivier Burger. Éditions Belin.

• Meilleur Livre jeunesse Enfant
On n’est pas si différents. Sandra Kollender et Claire Cantais. Éditions la Ville brûle.

Jamais trop tôt pour lutter contre les stéréotypes ! Voilà une formule bien sentie pour définir la ligne éditoriale de l’intelligente collection lancée par la maison d’édition La ville brûle. Après On n’est pas des poupées mon premier manifeste féministe (2013) et On n’est pas des super-héros mon premier manifeste antisexiste (2014), on découvre avec intérêt cet album sur le handicap.

Ce qui séduit d’emblée c’est le réalisme avec lequel les auteurs ont choisi d’aborder ce sujet. Nulle envie de tourner autour du pot ou d’éluder les questions qui fâchent. Le ton du texte ressemble à celui des enfants, cash et plein d’humour. « Le shampooing, ça pique les yeux, même quand on n’y voit rien, » lance un garçon, pas « chochotte ». « Je ne suis pas mal poli, je ne suis pas poli pareil, c’est tout », avoue un autre. « Je ne suis pas contagieuse. Et toi ? », sourit une fillette trisomique.

Comédienne, Sandra Kollender était déjà l’auteure de La tête à Toto, récit drôle et bouleversant de sa vie de mère d’un enfant handicapé. Elle signe ici, avec l’illustratrice Claire Cantais, un album qui fait réfléchir et permet d‘ouvrir la discussion avec les enfants. Et comme, c’est bien connu, la vérité sort de leur bouche, laissons leur conclusion : handicapés ou non, « on rit, on pleure, on joue, on aime et tout ça, on peut le faire ensemble ! »

• Meilleur Livre jeunesse Adolescent
Mon frère, mon enfer, mon bel enfer. Sandrine Andrews et Christine Deroin. Oskar Éditeur.

• Meilleur Livre adapté
Un parfum de victoire – Avoir un enfant quand on est en situation de handicap. Sous la direction de Marie-Anne Divet. Histoires ordinaires éditions.

Un « parfum de victoire » c’est ce que ressentent beaucoup de parents à qui l’on avait déconseillé de se lancer dans cette grande aventure, au seul motif de leur handicap. Ces 46 témoignages et portraits illustrent bien combien le droit à la parentalité reste à conquérir.

Complété de huit reportages vidéo en DVD, cet ouvrage raconte la somme d’obstacles et de douleurs à surmonter mais aussi, et surtout, les immenses bonheurs quotidiens de ces mères et de ces pères comblés. Comme le souligne la sociologue Ève Gardien dans la préface, «toutes ces voix offrent leur histoire pour transmettre une expérience à la fois très commune et tout à fait extra-ordinaire ».

• Coup de cœur du jury
Chandolinades. Sylvain Laurent. Auto-édition.

• Mention Spéciale
Les murs noirs – Parcours de vie des «jeunes filles incurables» d’Ainay. Sylvie Callet. Les Presses du Midi.

En 2004, à Lyon, l’auteure a rencontré et interviewé pendant plusieurs mois des résidentes âgées du centre Adélaïde Perrin, un « établissement de charité pour jeunes filles incurables ». De ces « ateliers mémoire » est né un livre qui retrace de manière sensible une époque où les jeunes filles porteuses d’un handicap, malades, délaissées par leurs familles n’avaient que ce seul recours.

Celui de « renoncer à la possibilité de diriger [leur] vie », d’être coupées de toute vie sociale dans une institution qui, par manque d’amour ou de considération, les enfermaient quasi vivantes sans contact avec le monde extérieur. Une époque qui se souciait bien peu de bientraitance et de respect de la personne handicapée. 

 

 

 

4 commentaires

  1. Je ne savais pas que cela existait, ce handi livre.
    Pour ma part, je viens de publier un livre qui s’appelle : A tous ces adolescents qui souffrent en silence…
    Il traite de sujet de santé publique. De sujets pouvant mener au handicap psychique si on continue de laisser les ados dans leurs silences… Edition TURQUIN 08000 WARCQ AU 03 24 33 42 42

  2. alors vite, demandez à votre maison d’édition d’envoyez votre livre !

  3. Bravo aux gagnants, bravo aux organisateurs de ce prix… Mais…Les polyhandicapés, les handicapés mentaux atteints de maladies rares, eux, les grands oubliés du monde du handicap, eux, les plus petits parmi les petits… On souhaite qu’ils apparaissent enfin au palmarès du prix handi-livres 2017

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