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Tous les indicateurs figurant dans l'étude de la Drees montrent que les conditions de vie des personnes handicapées sont bien moins bonnes que celles de l'ensemble de la population. ©Freepik.com

Plus dure la vie des personnes handicapées

Une récente étude statistique, publiée 16 ans jour pour jour après l’adoption de la loi du 11 février 2005, dresse un tableau sombre des conditions de vie des personnes en situation de handicap. Elles sont plus pauvres, en moins bonne santé et plus souvent isolées que les autres Français.

“Comment vivent les personnes handicapées”. Si le titre de la dernière publication de la Drees, un organisme du service statistique public, est juste factuel, son contenu, en revanche, est très clair : plus mal que les autres Français.

« Leurs conditions de vie sont plus dégradées que celles de l’ensemble de la population, commente Patrick Aubert, le sous-directeur de l’observation de la solidarité au sein de la Drees. Les différents indicateurs montrent un désavantage pour elles. »

Pauvres d’un point de vue monétaire

L’enquête, dont les données datent de 2018, se concentre sur les 2,3 millions de personnes en situation de handicap, âgées de 16 à 64 ans (voir encadré ci-dessous).

19 % vivaient alors dans un ménage dont le niveau de vie était inférieur au seuil de pauvreté. C’est six points de plus que dans l’ensemble de la population (13 %).

Encore plus pauvres en conditions de vie

La Drees utilise un autre indicateur que la pauvreté monétaire. La pauvreté en conditions de vie se mesure sur la base des privations ou du renoncement à certains biens de consommation, services ou équipements, pour des raisons financières.

Elle touchait près de 3 personnes handicapées sur 10 (contre un peu plus d’une sur 10 en population générale, voir tableau ci-contre). 40 % d’entre elles considèrent de plus leur situation financière comme difficile.

Santé en berne

La moitié des personnes handicapées qualifiaient leur état de santé de mauvais ou très mauvais. C’est dix fois que dans l’ensemble de la population ! Et neuf sur dix déclaraient être atteintes d’une maladie chronique (trois fois plus).

Sentiment de solitude

Enfin, leur vie sociale est moins riche.

Elles étaient deux fois moins nombreuses à faire du sport (27 % contre 51 %).

Faisaient moins souvent partie d’une association (34 % contre 39 %).

Et rencontraient ou contactaient moins fréquemment famille et amis. 18 % des personnes handicapées rapportaient se sentir seules « tout le temps » ou « la plupart du temps » (contre 7 %).

Globalement moins satisfaites de leur vie

Sans surprise, les personnes handicapées, qu’elles aient plus ou moins de 65 ans, se déclaraient dans l’ensemble globalement moins satisfaites de leur vie. Quel que soit le domaine considéré (ressources, loisirs…). La note moyenne de satisfaction plafonnait à 5,9 sur 10 (contre 7,3).

Les caractéristiques socio-démographiques influent…

« Ces différences peuvent s’expliquer par les conséquences directes du handicap et des limitations fonctionnelles sur les conditions de vie de ces personnes », analyse la Drees.

Les caractéristiques socio-démographiques particulières de cette population (âge moyen plus élevé, niveau de diplôme plus faible, taux de chômage plus important…) « peuvent aussi influer sur l’intensité et les formes de la participation sociale ».

… mais le handicap joue un rôle direct

Mais toutes choses égales par ailleurs – c’est-à-dire en comparant des individus de même âge, même niveau de diplôme… –  « les personnes handicapées restent davantage confrontées à la pauvreté en conditions de vie et au fait de vivre seules ». Le handicap est donc bien un facteur important d’inégalités sociales.

Êtes-vous en situation de handicap ? 

« Êtes-vous limité(e), depuis au moins six mois, à cause d’un problème de santé, dans les activités que les gens font habituellement ? » La Drees considère comme handicapés tous ceux et toutes celles qui répondent « oui, fortement » à cette question. Elle estime donc à 4,9 millions le nombre de personnes en situation de handicap, âgées de 16 ans et plus, en France métropolitaine (hors résidents d’établissements spécialisés). Soit 9 % de la population. Et à 2,3 millions, parmi les 16 – 64 ans. Ce qui représente 6 % de cette classe d’âge.

A propos de Franck Seuret

Franck Seuret
Journaliste éco-social et documentariste. Spécialiste de la politique sociale du handicap.

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6 commentaire

  1. Avatar

    Pas besoin d’une étude pour savoir que passer sa vie sous le seuil de Pauvreté, vivre l’exclusion et la discrimination favorise l’isolement et rend la vie plus dure, sans oublier le manque d’accessibilité qui n’arrange rien !!

  2. Avatar

    Le pire c est la solitude…l isolement…la famille qui vous abandonne…l absence d ami e s……de relation amoureuse…
    On est traite comme un dechet..un rebut…meme si on a plein de talents utilisables concrètement ou artistiques averes qu on est super gentil…c est dur
    On essaie plus souvent de nous escroquer aussi
    Encore plus avec la covid c est dur la solitude…
    Heureusement que je suis convaincue que Dieu m aime….sinon je ne tiendrai pas le coup.

  3. Avatar

    Je trouve la présentation de l’étude très biaisée. Par exemple :
    « Le handicap est donc bien un facteur important d’inégalités sociales ».
    Mais s’agit-il du handicap, ou de l’exclusion, des discriminations (qui elles sont des conséquences, pas forcément du handicap, mais aussi de choix de société relatifs à l’accessibilité, l’abolition des institutions…)

    L’étude de la DREES ne fait que donner des indications statistiques, ça me parait vraiment abusif de conclure que c’est le handicap qui serait un facteur important d’inégalités sociales plutôt que le validisme dont les personnes handicapées sont victimes.

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    Cette loi stupide de 2005 créant les machines administratives à discrimination (MDPH)n’a fait qu’amplifier les problèmes liés au handicap, pauvreté, isolement, conditions de vie indécentes et discrimination, quand on pense qu’avoir 60 ans ne suffit plus pour bénéficier d’une aide ménagère alors que tous les français diminués par leur âge y ont droit….On peut se poser des questions sur la PCH ! Vaste fumisterie pour enrayer le chômage des moins diplômés et enfumage de prise en compte particulière du « projet de vie » et des réelles nécessités de la personne. Tout est fait pour que l’on ne demande rien, les lenteurs administratives et le non-choix que l’on nous propose sont usant et déprimant. tout est fait pour que « les gens » en général pensent qu’on s’occupe des handicapés mais ce n’est que paperasserie et incompétence.
    Pourquoi n’y a t-il pas plus de prise de conscience de cette inégalité due tout simplement au lieu de résidence, car être handicapé sera plus ou moins difficile en fonction de la politique budgétaire de chaque département, même à l’intérieur d’une même région, les disproportionnalités de réactivité et de droits sont différentes, il faudrait une loi nationale gérée par l’État.

  5. Avatar

    Ce mois ci, j’ai eu la surprise de voir ma pension d’invalidité baisser
    Je vais sur Ameli et le montant déclaré versé n’est pas le montant versé
    Je téléphone à ma banque, non ce n’est pas une erreur de leur part
    Je téléphone à la CRAMIF, mon dossier d’invalidité a été transmis dans le 22, sans que j’en soi informé
    Je téléphone à la CPAM du 22, 10 fois. Impossible.
    J’envoie un mail. C’est normal, c’est une franchise médicale, sans plus de précision.
    Je ré-écris « et depuis quand vous prélevez les franchises médicales sur les pensions d’invalidité, sans aucune information de savoir ce que c’est et pour une personne qui n’a même pas le tiers payant ».

    Je les ai supplié de ne pas recommencer, vu que à chaque fois, je devrais leur demander à quoi correspond la somme manquante plus que je n’ai plus le trace de ces franchises …

    C’est incroyable non ?

    Je ne peux plus prévoir mon budget à l’avance, vu que je ne sais plus maintenant de combien sera imputée ma pension.
    Avant, c’était simple, je faisais l’avance de mes frais de santé et je ne créditais mon budget uniquement après la somme remboursée, si jamais il restait quelque chose.

    Maintenant, ce n’est plus possible. C’est l’incertitude.
    L’incertitude sur tout.

    Stress absolu.

  6. Avatar

    Je cherche un ophtalmologue à La Rochelle et sa périphérie où je puisse faire la consultation depuis mon fauteuil roulant électrique, ne pouvant me transférer sans lève-personne.
    J’ai contacté par mail (téléphone impossible pour moi) 3 pôles vision et seul un a daigné me répondre par la négative car les tabourets, sur lesquels les patients s’assoient, sont fixés au sol. Cet établissement est récent, doté de nombreuses places de parking handi, d’ascenseur PMR mais pas de consultation possible depuis un fauteuil roulant. C’est ubuesque.
    Comment voulez-vous suivre sa santé dans ces conditions.
    Je poursuis ma quête.

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