Valentin Reinehr hisse le bégaiement sur les scènes de stand-up

Publié le 1 février 2024 par Élise Descamps
Par le stand-up, Valentin Reinehr, assume son bégaiement, sûr que faire rire est la méthode la plus efficace pour sensibiliser. © DR Élise Descamps

Le métier de Valentin Reinehr ? Comédien de stand-up, et bègue. Membre de la troupe du Jamel Comedy club, il vient de démarrer une tournée. Avec un sujet central renversant les clichés : l’art de casser les pieds des autres avec son bégaiement. Un spectacle drôle et touchant d’un artiste qui annonce, avec beaucoup d’humour, qu’il va devenir « une énorme star ».

Les fidèles de l’émission de télévision La France a un incroyable talent se souviennent sans doute de son passage remarqué en 2019. Il avait créé la surprise : humoriste… et bègue. Valentin Reinehr, bavard né, se sent en effet des plus à l’aise, tout en butant sur les mots à chaque phrase. Il réussit à capter un auditoire, même peu habitué à entendre, sur la durée, une parole qui laisse toute sa place au bégaiement. Son secret ? Assurance, autodérision, cynisme et interactions avec le public. Choisir comme sujet unique le bégaiement a été une évidence. Déjà, parce qu’il s’agit « d’une particularité que les autres n’ont pas ». Et aussi parce qu‘ « il faut en parler, car il n’y a pas assez de prévention, et beaucoup de personnes en souffrance ».

Comme pour le tiers temps au bac, je vais vous faire un spectacle de trois heures ! »

Pas de compassion pour autant. Valentin Reinehr use – et parfois abuse – de ce filon : je suis bègue, et je vais, un brin sadique, vous casser les pieds. « Comme pour le tiers temps au bac, je vais vous faire un spectacle de trois heures ! », lance-t-il par exemple sur scène. Ou encore : « Mon bégaiement est vraiment la chance de ma vie. J’en ai toujours profité pour faire chier les gens. »

Mais il n’élude pas la souffrance. « Il existe un traitement contre le bégaiement : le Lexomil. Tu ne bégaies plus, tu dors. » Ou encore : « Quand t’es bègue, la seule appli où tu peux pécho c’est Doctolib. » L’humoriste raconte, encore, que le bégaiement est officiellement reconnu comme un handicap depuis 2019, mais de façon diversement interprétée par les MDPH.

Guillaume Bats, son déclencheur

Devenu bègue à l’âge de trois ans, après la noyade, sous ses yeux, d’une fillette avec laquelle il était ami, le Normand a connu moult tentatives de rééducation orthophonique. Avant de décider de s’assumer, avec sa mère pour meilleure alliée. « Elle me disait : si on se moque de toi, tu en remets une couche, c’est aux autres d’êtres patients. »

Lui qui vit désormais de sa passion a exercé auparavant divers métiers. Ouvrier, travailleur social, ou enseignant de français à des étrangers, notamment, apprécié pour son sens du relationnel. Passionné initialement de cinéma, il a compris que sa chance serait, d’abord, de passer par l’humour. Avec l’exemple de Guillaume Bats comme déclencheur.  « Il a mis une énorme claque en osant se mettre à nu avec sa différence. »  Valentin Reinehr s’est essayé sur les scènes des comedy clubs, et a suivi l’École de l’humour et des arts scéniques (EHAS), à Paris,  juste avant de participer à La France a un incroyable talent.

Dans la troupe du Jamel comedy club

Suite à cette médiatisation, un producteur lui propose de monter un premier spectacle, sur le mode du seul-en-scène, La vie est bègue. « Cela m’a appris à devenir acteur. Mais c’était trop lisse », juge-t-il a posteriori. Surtout, « on a voulu faire de moi un porte-parole du handicap, mais c’est une veste beaucoup trop grande pour moi, même si c’est un des combats de ma vie ».

Il y a un an, retour au stand-up : il rejoint la troupe du Jamel comedy club, où il découvre que Jamel a été bègue lui aussi. Son objectif ? Faire rire franchement. « C’est par le rire qu’on peut faire passer un message, pas par le message délivré que l’on peut faire rire. »

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En tournée avec Le bègue part en rodage

À 29 ans, il compte bien enclencher la vitesse supérieure. Courant janvier, il a ainsi débuté une tournée de son spectacle Le bègue part en rodage. « Je sais que je vais devenir une énorme star. Avec 600 000 bègues en France, je remplis 200 Olympia ! », taquine-t-il, sur scène. Mais à coup sûr, il convaincra bien au-delà.

Suivre ses dates sur sa page Instagram. Les prochaines : le 6 février à Tours, le 7 à Rennes, le 8 à Brest, le 24 à Berck…

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